En perdant sa place sur le banc des Rangers dimanche soir, Philippe Clement s’est rappelé au bon souvenir des supporters monégasques. Son licenciement a aussi ravivé la pensée que certaines choses sont fragiles dans ce monde et le poste d’entraîneur à l’AS Monaco en fait partie. Depuis plusieurs semaines, la grogne s’accentue du côté des supporters et les interrogations fleurissent sur la capacité de son successeur Adi Hütter à corriger le tir. De quoi faire sortir de sa réserve l’état-major du club de la Principauté, qui s’est publiquement positionné à plusieurs reprises pour soutenir son technicien, quitte à laisser paraître une pointe d’agacement mêlée à une forme d’incompréhension sur ce qui est perçu comme une envie de changement.
Le Directeur général Thiago Scuro ne semble pas disposé à lâcher son entraîneur, dont il vient de renouveler le contrat pour deux saisons, jusqu’en 2027, et ce n’est pas une mauvaise chose en soi que de voir un peu de stabilité à ce poste, même s’il serait sans doute aussi un peu difficile pour lui de se désavouer aussi rapidement. C’était en tout cas l’un des griefs énoncés par le Brésilien face à Nice-Matin, lui qui aspire à sortir d’une vision court-termiste : « Quand je suis arrivé à Monaco, vous reprochiez au club de ne pas avoir de stabilité, « Le président est toujours en train de virer l’entraîneur » disiez-vous. Mais dès qu’on a des défaites, une passe négative ou qu’on manque de points, vous parlez de licencier l’entraîneur… ».
Il faut dire que depuis de nombreuses semaines, les résultats de l’AS Monaco ne sont guère encourageants, entre éliminations en Europe et en Coupe de France et chute du podium en championnat. Quelques soubresauts par-ci par-là, comme une victoire pleine de résilience face à Aston Villa (1-0, le 21 janvier) ou un feu d’artifice contre Nantes (7-1, le 15 février), sorte de cache-misère d’un lent déclin entamé en novembre. Comme souvent, en pareil cas, le premier fusible à sauter est celui de l’entraîneur. Il n’y a certes pas encore urgence, et il est encore un peu tôt pour faire le bilan d’une saison du centenaire qu’on espérait plus festive, mais la rencontre face à Reims ce vendredi, contre une équipe qui a joué il y a trois jours et qui est en mauvaise posture en Ligue 1, doit marquer le début d’une nouvelle dynamique.
Des limites face aux gros
Fort heureusement pour Monaco, Reims est une équipe qui apparaît comme bien malade, et il vaut mieux cela qu’une équipe du top 5 du championnat pour tenter de se relancer. Les chiffres sont assez sévères pour le club du Rocher, qui n’a pris qu’un seul point sur 18 contre Paris, Marseille, Nice et Lille cette saison. On pourrait aussi mentionner les corrections infligées par Arsenal et l’Inter (0-3) en Ligue des champions ou encore la défaite au Trophée des champions contre Paris (0-1) après avoir subi les vagues pendant la plus grande partie de la rencontre.
Avec autant de déconvenues qui montrent qu’il ne suffit pas d’être forts avec les faibles pour terminer sur le podium, la question de la préparation de ces matches à enjeu se pose forcément. Et elle ne peut pas exonérer l’entraîneur de cette responsabilité, même s’il peut paraître ingrat de faire porter le chapeau à un seul homme quand les compétences et les missions sont diluées dans un staff fourni.
Reste que comme l’attaquant sur le terrain qui est en bout de chaîne pour conclure les actions, l’entraîneur a cette responsabilité d’agencer toutes les briques pour que la performance soit au rendez-vous. Et dans les gros matches, le compte n’y est pas, même si, comme s’est défendu Scuro, « la responsabilité des résultats n’appartient pas qu’à l’entraîneur. Elle appartient au staff, elle m’appartient et elle appartient aux joueurs aussi. »
Une accumulation d’erreurs individuelles
Cette saison, Monaco peut regretter les erreurs défensives et les boulettes de son arrière-garde. Entre cartons rouges qui ont mis l’équipe en difficulté (Singo et Al-Musrati face à Benfica), pénaltys concédés (Zakaria contre l’Inter, Mawissa à Marseille) ou encore relances ratées et mauvais alignements, les Rouge et Blanc ont offert un panel relativement exhaustif de tout ce qu’il ne faut pas faire pour gagner des matches et ont donné le sentiment d’un sabordage quasi permanent. Le dernier ne remonte pas plus loin qu’au match précédent, face à Lille, avec une erreur de relance de Wilfried Singo. Des situations qui tendent à se répéter et qui fragilisent l’édifice.
La part d’erreurs individuelles est conséquente cette saison et son influence néfaste sur les résultats actuels serait à même de dédouaner l’Autrichien. Mais ce serait sans doute faire fi que certaines de ces erreurs ne sont pas imputables à la seule responsabilité des joueurs, fut-elle plus importante quand même. Le travail tactique de l’entraîneur et du staff, la mise en place, les principes de jeu et plus largement circuits de passes, déplacements, prises d’information et prises de décision sont des choses qui se travaillent à l’entraînement. Il est aussi de la mission de l’entraîneur d’essayer d’en anticiper le plus possible pour éviter de mettre les joueurs dans l’inconfort et leur donner le plus de clés pour prendre la bonne décision.
Avant Lille, la réponse de Thilo Kehrer avait de quoi laisser songeur : « C’est particulier car il n’y a pas forcément d’autres cas exactement similaires cette saison. » Dans ce contexte, difficile de voir dans l’erreur de Singo à Lille quelque chose de purement fortuit. Et ceux qui en font le reproche à l’entraîneur ne sont pas non plus totalement dans le faux. Preuve en est avec Thiago Scuro qui est encore venu au secours d’Hütter : « Adi fait des réunions uniquement avec les défenseurs pour essayer de leur fournir des solutions, qu’ils soient plus sûrs et prennent moins de risques, comme celui qu’on a pris à Lille en essayant de jouer dans une zone dangereuse sans être organisés. »
Reste que Adi Hütter est fidèle à ses principes, et c’est tout à son honneur. Il veut avant tout voir une équipe joueuse, capable de se procurer beaucoup d’occasions et de marquer beaucoup de buts. Si tous les matches ne sont pas aboutis de ce point de vue, on peut globalement remarquer une constance dans le nombre d’expected goals offensifs cette saison, et la grande maladresse de ses attaquants n’a souvent pas permis d’obtenir des victoires méritées ou plus larges et a contribué à laisser l’équipe sous la menace. Mais cela n’explique pas le nombre d’expected goals concédés qui a augmenté de façon spectaculaire et la perte de cette assurance et sérénité défensives vues en début de saison.
Très intéressante au passage l’évolution des xG sur la saison de l’@AS_Monaco. #LOSCASM
— Florent Toniutti (@FlorentToniutti) February 22, 2025
🔵 xG pour
🔴 xG contre
Difficile de mieux illustrer les problèmes défensifs de l’ASM alors que l’attaque est d’une régularité impressionnante depuis août. #ASM pic.twitter.com/t5AL7Mn9UB
Un effectif trop juste
Le mercato hivernal a permis à Monaco de recruter deux joueurs, avec des moyens limités. L’ASM a attiré Mika Biereth, déjà auteur de deux triplés, et a fait venir en prêt Moatasem al-Musrati. De quoi donner plus d’options à son entraîneur, qui, il faut le dire, commençait à en manquer cruellement. En attaque, les deux blessures de Balogun sont de l’ordre de la malchance, et combinées à la maladresse chronique de Breel Embolo devant le but, elles pouvaient difficilement être anticipées, même si la saison dernière et son lot de graves blessures avaient montré qu’il fallait être en capacité de se préparer au pire.
En revanche, l’arrivée d’un renfort au milieu était absolument indispensable et c’est sur ce point que la plus grosse erreur a été sans doute commise durant l’été. Avec une compétition en plus à jouer cette saison par rapport à la précédente, et pas n’importe laquelle, il était inconcevable de partir avec un duo composé de Denis Zakaria, réputé pour sa fragilité, et Lamine Camara, un très jeune élément au milieu qui doit confirmer après une première saison en pro à jouer le maintien avec Metz. Et encore moins avec Soungoutou Magassa, comme troisième option, même s’il a montré des progrès.
Les absences répétées du capitaine pour cause de blessures ont probablement été un élément déclencheur de la spirale négative, du doute qui s’est installé, et de la perte de confiance et de repères. Et sur ces points, Adi Hütter n’y pouvait pas grand-chose, obligé de bricoler et de ménager les états de forme des uns et des autres en devant jouer tous les trois jours. Ce n’est désormais plus le cas et il reste 11 matches et du temps pour régler tout ça afin de retrouver une place sur le podium, et pour Hütter, garder la sienne sous le soleil.